J + 1 : une longue journée à l’hôpital

Rappel :

Le contexte : pourquoi une ostéotomie bimaxillaire ?

Récit de l’Ostéotomie bimaxillaire à J + 0

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Je me réveille très tôt, vers sept heures. On m’apporte enfin de quoi manger. C’est que j’ai la dalle, moi.

Sur le plateau : deux yaourts, un jus de fruit et une compote. Heureusement que je devais avoir des tartines ou des biscuits (voir l’article J + 0).

Je n’arrive pas à ouvrir grand la bouche, mais avec une petite cuiller, ça passe. Comme je ne sens ni ne contrôle ma lèvre inférieure, j’en fous un peu partout. C’est là que ma boîte de kleenex m’a été très utile (voir ma liste des choses à apporter à l’hosto).

Le jus de fruit est une brique avec une paille. Impossible de le  boire. Comme je ne contrôle pas mes lèvres, je n’arrive pas à pincer la paille avec. Du coup je vide la brique dans le pot d’un yaourt vide et j’essaie de le boire ainsi.

L’équipe du personnel de nuit a laissé place à celle du jour. Si les infirmières de nuit étaient adorables, celles du jour sont plutôt l’inverse… Je sais, ce n’est probablement pas de leur faute. Sous-effectif, surcharge de travail, etc… Il n’en reste pas moins que la différence est flagrante. Je n’ai toujours pas le droit de me lever, mais Monsieur Bassin a encore envie de pisser. Quand je sonne, je dois attendre cinq ou dix minutes pour qu’elles arrivent. Au bout d’un moment, à deux doigts de me faire dessus, je me lève et entraîne ma perf aux toilettes.

Je me vois dans le miroir. Le choc. On dirait Mickeline dans les petites annonces d’Elie, ou les Inconnus dans le film le Pari, quand ils sont obèses.

le pari les inconnus

Je ne ressemble absolument à rien. En outre, une délicate goutte de morve pendouille sous ma narine droite. Et je me mets à saigner du nez.

avant après

Quand je ressors, l’infirmière est là. Celle qui m’a demandé si je voulais des tartines au petit-dej, la veille. Aujourd’hui, elle se contente de m’engueuler comme du poisson pourri.

– Pourquoi vous vous êtes levé tout seul ? Vous n’avez pas le droit de vous lever tout seul !

– Je devais aller aux toilettes. J’en pouvais plus.

– Si vous étiez tombé, si vous aviez fait un malaise ? Ca aurait été tout pour ma pomme ! Bravo ! Incroyable !

Parce que c’est une dame, je m’excuse… Mais ça ne me met pas de très bonne humeur.

Mon chirurgien passe me voir en coup de vent. Il me dit que je n’ai pas beaucoup gonflé et que je dois me laver les dents après chaque repas. Et il s’en va. Je n’ai même pas le temps d’en placer une.

Je regarde la télé, je m’abrutis… Je suis bien fatigué.

Lors de la toilette, comme je n’ai pas pensé à prendre un gant, je me lave avec des kleenex humides. Je n’ai pas le droit à la douche à cause de la perf.

Le brossage des dents est très sommaire, j’arrive seulement à brosser celles de devant, et encore. Heureusement, on m’a donné un bain de bouche et une solution pour le nez.

La journée se déroule, monotone. Je n’ai pas voulu prévenir ma famille proche de l’opération, car je soupçonnais fortement mes parents de tomber dans les pommes en me voyant dans cet état. Je n’ai rien dit non plus à mes potes. Du coup, j’ai peu de visites. Mon voisin de chambre reçoit des gens toute la journée. Ca me fout un peu le cafard, d’être tout seul.

On continue à m’administrer sous perf des anti-douleurs, ainsi qu’une solution sucrée avec plein de bonnes choses pour me nourrir.  Problème : la perf se bouche sans cesse. Le personnel essaie de la réparer, en vain. On me laisse comme ça, avec ma perf bouchée…

J’ai de la température, ce qui est normal. Je suis las. Je lis un peu, je regarde des films. La journée est très ennuyeuse. Après ma toilette sommaire du matin, je me sens sale. Dès que je vais aux toilettes, je saigne du nez et j’en fous partout dans mes cheveux. Nom de Dieu, qu’est-ce que je regrette de ne pas les avoir coupés avant… Je les ai attachés, mais y’a toujours des mèches qui se barrent et qui viennent se foutre devant mon nez dès que je me penche.

Je rêve d’un bain chaud, à la maison, de me laver les cheveux… Ils puent la bétadine… JE pue la bétadine, de toute façon…

A midi, petit festin : deux yaourts, une compote et deux glaces miko en pot. Je surkiffe les glaces. Trop bon…

Mon nez est toujours aussi bouché et morveux. Je n’ai pas le droit de me moucher. Seul moyen de me soulager : éternuer… Ah, l’éternuement… Quand t’as l’impression que tes deux mâchoires vont se décrocher… Mais, je vous rassure : ça tient.

Toujours pas de douleurs particulières, simplement cette grosse gêne que j’ai décrite dans l’article J + 0.

Mon anesthésiste vient me rendre visite. Enfin une diversion ! Nous discutons pendant une dizaine de minutes. Il me dit que tout va bien. Il s’en va…J’ai envie de rentrer chez moi. Je me sens seul.

Vers 18 heures, on m’apporte le repas. Deux yaourts, alors qu’il y a une fourchette et un couteau sur mon plateau, où quelqu’un a dû renverser la soupe destinée à un autre patient. Y’en a partout, les yaourts baignent dedans, les couverts aussi… Très agréable. Je prends le petit papier où le contenu du repas est écrit. Normalement, je devrais avoir deux pots de glaces en plus ! Parce que, deux yaourts, merci bien, ça fait pas lourd quand même. J’appelle les infirmières.

– Il manque les deux glaces, dis-je en leur montrant le papier.

L’infirmière ne regarde pas, elle préfère vociférer :

– Vous avez pas le droit à autre chose, vous avez été opéré des dents !

– C’est écrit que j’ai droit à des glaces…

– Ecoutez, mangez déjà ce qu’il y a ici !

– Mais j’ai faim…

Et elle se casse. Je ne la reverrais plus de la soirée. Heureusement, j’avais apporté des crèmes de marron en tube avec moi. Pas coton à manger. Mais j’arrive à la vider.

J’éponge la soupe renversée sur mon plateau avec des kleenex. Lorsque le personnel vient nous débarrasser après le repas, je me fais engueuler car  » je n’ai pas le droit de mettre des kleenex dans mon plateau « . Bref…

Enfin, je reçois de la visite. Un peu avant neuf heures, je me retrouve seul. Mon voisin de chambre éteint la lumière et s’endort. Je n’ose pas le déranger en gardant la télé allumée. J’éteins tout et roupille.

Je suis réveillé par le retour du personnel de nuit, qui prend notre température, pouls, et tout le bordel. Quelle joie de les revoir ! Souriantes, sympas, elles nous proposent aussitôt une tisane. Nous acceptons, même si on en fout partout à côté. Après quoi on se rendort.

Je me réveille à minuit et n’arrive pas à me rendormir. Ma lèvre inférieure toute sèche me défonce. J’applique de la vaseline dessus. Du coup, j’écoute des MP3 de méditation, et j’arrive à me rendormir vers 3 heures du mat.

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6 réflexions au sujet de « J + 1 : une longue journée à l’hôpital »

  1. Or en bouche

    Salut,
    Pour te dire que ton blog est sympa et agréable à lire 🙂
    Je vais aussi me faire opérer au mois d’avril…j’ai peur :/ forcément.
    A priori, j’ai l’obligation d’être dans une chambre seule ( ça m’arrange, car le sommeil et moi ça fait 2, de base).
    Après l’opération, je n’aurais pas le droit de manger pendant les 1ere 24h :/ ça va être sur mais si c’est nécessaire…
    Tu as eu les mâchoires bloquées combien de temps? Moi, ce sera 15 jours.
    Je suis étonnée de voir que tu as pu, à l’hôpital, manger tout ces trucs. comment c’est passé une fois les mâchoires bloquées lol

    Répondre
  2. stonitruant Auteur de l’article

    Eh bien, je n’ai PAS été bloqué… Mon chirurgien ne bloque pas…
    Si tu es bloquée bloquée, ça va être du liquide et de la paille… Mais c’est faisable aussi !

    Tu vas apprécier ta chambre seule, comme ça tu pourras regarder canal + toute la nuit !!

    Répondre
    1. or en bouche

      Ah oui ok, moi il est très pointilleux sur tout les points que je t’ai énumérés auparavant.
      Je ne sais pas vraiment ce que ça change mais a priori, on cicatriserais mieux et la mâchoire prend sa place direct…A voir
      As tu rapidement retrouvé toutes tes facultés? (sensations, mouvements, ouverture…)
      Je me demandais aussi comment ils te nourrissent à l’hôpital mais en étant bloqué tout doit être différent 😉
      A plus sur Docti

      Répondre
      1. stonitruant Auteur de l’article

        Oui il y a des avantages à être bloqué, sinon les chirurgiens ne le feraient pas ! Après ils ont chacun leur méthode, c’est comme pour tout.
        Je t’invite à parcourir les articles du blog où tout est expliqué à chaque article (sensations, mouvements, ouverture…).
        J’ai mis un gros mois à retrouver une certaine « normalité ». Mais il faut en passer par là !

  3. Hervé

    Salut,
    Tu conseillerais plutôt une chambre individuelle du coup ?
    Parce que ça coûte un bras mais j’ai quand même l’impression que c’est plus serein.

    Répondre
    1. stonitruant Auteur de l’article

      Pour être honnête, si tu as les moyens et que tu vas avoir de la visite, oui.
      Personnellement, je ne regrette pas d’avoir été en chambre partagée, vu que je n’ai pas eu beaucoup de visites, ça aurait vite été glauque.
      Mais j’aurais aimé ça mater la télé la nuit.
      Cela dit, j’ai tout à fat supporté la chambre partagée !

      Répondre

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