J+0 : entrée à l’hôpital et opération ostéotomie bimaxillaire

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C’est là que les choses se corsent…

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stoni ostéostomie

J’arrive à l’hôpital à 11 heures du mat, comme prévu. Dans la chambre, est installé un jeune homme qui a été opéré la veille. Il a aussi subi une bimax, mais au contraire de moi qui est rétrognathe, il est prognathe. On lui a reculé le menton au lieu de l’avancer, en fait. Il somnole, bien sonné.

Je m’installe dans mon coin de chambre. Bien sûr, je suis tendu. Au début, je n’avais pas demandé la télé car je voulais me la péter genre « trop l’intellectuel qui refuse de regarder des conneries, y compris après qu’on lui a fracassé les deux mâchoires ». En trente minutes, j’avais déjà changé d’avis. DEMANDEZ LA TELE. J’avais apporté mon lecteur MP3, avec pas mal d’émissions documentaires culturelles à écouter. J’étais INCAPABLE de les suivre après l’opération. Une seule chose à faire : s’abrutir devant la télé. Et ça, je le comprends tout de suite en voyant mon voisin de chambre.

Donc je cours au bureau de l’administration demander la télé. Sage décision, Stoni. Très sage décision.

En attendant l’heure de l’opération (14 heures), je pratique des souffles du yoga pour me détendre et bien dégager mes voies aériennes.

On me demande de prendre une douche à la bétadine. J’en ai déjà pris une la veille au soir, une autre à mon réveil… Je ne supporte plus cette odeur. Le pire c’est de se laver les cheveux avec. Je les porte un peu longs, assez pour qu’ils recouvrent la nuque. J’avais hésité à me les faire couper avant l’opération, j’aurais peut-être dû… Parce qu’ils puent à fond, désormais.

Je me douche donc en prenant garde à bien laver partout, y compris derrière les oreilles, le nombril, bref, la totale.

Une infirmière vient me voir et me demande ce que je prendrai au petit-déjeuner, le lendemain : tartines ou biscuits ? Quelque peu interloqué, je lui réponds que je m’apprête à me faire opérer des mâchoires et que je ne serais probablement pas en état de manger ni l’un ni l’autre… Elle répète, l’air méprisant :  » tartines ou biscuits  » ? Dépité, je réponds tartines.

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Et j’attends. Et j’attends. Et j’attends.

Et il s’avère que le personnel m’a oublié.

Je vous jure.

A deux heures moins dix, quand un brancardier vient me chercher, les infirmières se rendent compte qu’elles m’avaient relégué aux abîmes insondables de l’oubli. Elles devaient me poser une perf (un antibiotique je crois) et me donner un calmant pour me détendre. Tu parles, j’ai eu que dalle ! Du coup on me donne le calmant au dernier moment. Je suis donc TOTALEMENT conscient quand je pars au bloc, super… Le brancardier (comme tous les brancardiers d’ailleurs) est cool, on délire ensemble.

J’arrive dans une sorte de sas avant le bloc, où les personnes qui vont être opérées sont parquées telles du vil bétail. On est tous sur nos brancards, avec une charlotte ridicule sur la tête, et on se les pèle grave. Apparemment y’a comme un embouteillage de brancards, vu que le personnel s’engueule en disant que les brancardiers ont chié dans la colle (grosso modo). Mon anesthésiste vient me dire bonjour. Il me pose la perf lui-même et constate que je suis drôlement alerte.

– Dites donc, je vous trouve bien éveillé. Vous avez eu votre Lexomil ?

– Ben au dernier moment en fait.

– On va attendre dix minutes que ça fasse effet. Je ne veux pas vous emmener en salle d’opération aussi réveillé.

Après mon chirurgien vient me voir. Toujours très rassurant, il déclare :

– Bon, on va essayer de réparer tout ça, hein. Y’a du boulot.

Ha ha. Quel humour dévastateur ma parole.

Un nouveau brancardier (toujours aussi sympa, je sais pas comment on les recrute, mais ces mecs remportent la palme du swag et de la coolitude) m’emmène enfin en salle d’opération. Il fait trop froid sa mère, vous imaginez même pas. Surtout que je suis à poil sous ma magnifique blouse bleue d’opération. J’espère qu’ils vont pas tout enlever, d’ailleurs. J’aime bien mon zob, mais avec ces conditions climatiques, à quoi il va ressembler je vous le demande. Heureusement l’anesthésiste pose une couverture chauffante sur mon pauvre corps frissonnant. Quel réconfort.

Je regarde les gens qui vont et qui viennent autour de moi. On me pose des sortes d’électrodes. Le chirurgien regarde mon profil genre l’œil plissé, histoire de bien calculer ce qu’il va couper, où et comment. Je pose des questions de curiosité, à quoi sert cet appareil, et ceci et cela. Je pense au vélo, je me vois en train de grimper un col, quelque chose de positif. L’anesthésiste se penche vers moi et dit :

– Je vais vous faire une petite piqûre, il s’agit d’un produit qui va vous décontracter. Rien d’autre. On y va ?

Je hoche la tête. Il pique.

Je m’endors.

Paie la petite feinte de l’anesthésiste. Genre, je vais pas t’endormir, mais je t’endors quand même, mec.

Celle-là, on me la refera pas.

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Je me réveille en… salle de réveil, logique.

Je ne suis pas bloqué, je n’ai pas de drains, ni rien dans la bouche, aucune sonde, mais je sens tout de suite qu’il y a du changement. Mes mâchoires sont comme toutes rouillées, handicapées. Exactement la même sensation que lorsque je m’étais éveillé après l’extraction sous anesthésie générale de mes quatre dents de sagesse. Idem. C’était il y a dix ans, mais je revis la même chose.

Une infirmière est à côté de moi. Je la sens comme un ange gardien. Je suis sûr qu’elle est trop belle (genre vantard le mec, y’a une femme qui s’occupe de lui, obligé elle est trop belle). Sa voix est très douce. Je n’arrive pas à la voir car elle est située derrière moi, en plus je suis myope. Elle me dit que tout s’est bien passé et m’explique que je suis encore sous perf, que je ne dois pas trop bouger. Elle me demande si j’ai envie de vomir, et elle tape dans le mille. Du coup elle me fait passer un produit avec la perf qui fait passer la nausée dans la seconde. Incroyable ce truc.

Je ne reste pas très longtemps en salle de réveil. Je suis bien sonné mais je ne crois pas que je me suis rendormi.

On me remonte dans ma chambre. Il est 18 heures. Je sais qu’à 20 heures j’aurai de la visite. Pour faire passer le temps plus vite, je m’endors.

Mon visiteur est arrivé. J’ai prévu une ardoise, même si j’arrive un peu à parler. Je ne suis pas encore très gonflé. Juste la lèvre inférieure. Je me sens assez bien. Je suis déçu de ne pas pouvoir manger avant le lendemain matin.

Est-ce que j’ai mal ? Pas vraiment. Des anti-douleurs me sont administrés via la perf. Je me sens surtout très lourd, comme si ma mâchoire inférieure pesait une tonne.

On sent bien qu’ils y sont allés à la scie circulaire, là-dedans. On sent les endroits où ils ont découpé. Mais pas forcément parce que ça fait mal, mais parce que ça a l’air fragile, parce que ça n’est pas comme d’habitude. Ca tire un peu sur les articulations, on a l’impression d’avoir les mâchoires en plâtre, très lourdes, cassées et recollées avec de la colle, mais pas encore super bien fixées… Je ne sais pas si je suis clair…

Mon nez est complètement bouché, morveux, comme si j’avais le rhume de l’année. C’est normal, l’anesthésiste m’en avait parlé. J’ai aussi mal à la gorge car j’ai été intubé pendant l’opération. Normal aussi.

Question sensation, tout est anesthésié sauf la langue. Le menton, les lèvres, les gencives, le palais, je ne sens absolument rien.

Je suis assez éveillé pour discuter. Quand mon visiteur s’en va, je m’endors.

Toute la nuit, je suis réveillé par l’envie de pisser. J’ai dû pisser sept ou huit fois au total. A chaque fois je dois appeler les infirmières pour qu’elles m’apportent le bassin. Je n’ai pas le droit de le faire seul.

Les infirmières de nuit sont des anges. Je m’excuse de les appeler aussi souvent. Dans ces cas-là, votre fierté en prend un coup. Même si je suis encore bien sonné par l’opération, je trouve le moyen de raconter des conneries quand elles sont là. Par exemple, je leur dis « maintenant, appelez-moi Monsieur Bassin ». Oui, je sais, c’est pathétique. Non, je n’essayais pas d’emballer.

Comme je n’ai pas le droit de boire, à l’envie de pisser s’ajoute ma lèvre inférieure sèche comme pas permis. Si sèche que ça me réveille et que ça me fait mal. Étrange sensation, car je suis pourtant comme anesthésié à la lèvre… Une infirmière m’apporte plusieurs lingettes humides.

Cette première nuit n’est pas horrible. Je ne souffre pas tout à fait et régulièrement, les infirmières viennent me demander si j’ai besoin de plus d’anti-douleur. Le seul truc chiant, c’est d’être Monsieur Bassin, donc. Et d’avoir un humour de merde.

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